Le kakishibu : le jus de kaki fermenté du Japon
Avant d'être un ingrédient cosmétique, le kakishibu a teint des kimonos, imperméabilisé des parapluies et conservé le bois. Histoire d'un extrait pas comme les autres.
Le kakishibu (柿渋) désigne le jus extrait de kakis astringents non mûrs, pressés puis laissés fermenter et vieillir, parfois plusieurs années. Ce liquide brun, intensément riche en tanins, fait partie du patrimoine artisanal japonais depuis l'époque de Heian.
Des usages multiples, bien avant la cosmétique
Pendant des siècles, le kakishibu a surtout été un matériau du quotidien :
- Teinture et renforcement des tissus (le célèbre papier shibugami) ;
- Imperméabilisant naturel pour le bois, le papier et les ombrelles ;
- Conservateur et antifongique pour les boiseries et les outils ;
- Clarifiant dans la fabrication traditionnelle du saké.
Le point commun de tous ces usages : les tanins, des polyphénols très réactifs qui se lient aux protéines et à de nombreuses molécules.
C'est cette même affinité des tanins — leur capacité à « capturer » d'autres molécules — qui rend le kakishibu désodorisant.
Du matériau au soin de la peau
Plus récemment, le Japon a redécouvert le kakishibu pour la peau. Ses tanins se lient aux composés responsables des mauvaises odeurs, en particulier le non-2-énal, à l'origine du kareishū — l'odeur corporelle liée à l'âge. D'où la popularité, là-bas, des savons et déodorants au kaki.
Comment le kakishibu est fabriqué
On récolte les kakis encore verts et astringents — trop riches en tanins pour être mangés. Pressés, leur jus est filtré puis laissé fermenter et mûrir. Le vieillissement adoucit l'odeur initiale, très marquée, et stabilise l'extrait. Plus il vieillit, plus il est recherché.
Cette fabrication lente, à partir d'une matière première saisonnière, explique en partie pourquoi un bon savon au kaki coûte plus cher qu'un savon industriel.